Le porteur de rêves

Publié le par Antine@

            Un soir d'automne, un soir de feuilles mortes et de grand vent mouillé, il est tombé à ses pieds, lui ouvrant son cœur et lui apprenant la grisaille de ses jours, sa vie arrêtée comme les aiguilles transies au cadran blessé d'une horloge abandonnée. Son cœur, tout ému devant ses grands yeux de forêt profonde, lui a alors parlé comme il ne l'avait jamais fait... Plus en retrait, le sien, attentif, écoutait... Le soir où, avec crainte et respect, il lui a dit qu'il l'aimait, il a eu le sentiment qu'elle prenait son cœur entre ses mains pour le poser contre sa poitrine, comme si elle voulait le réchauffer en lui disant : « Maintenant, tu n'auras plus mal... Je suis là... Je veille sur toi... »

            Dans ses grandes ailes blanches, elle a posé son cœur et de douceur et d'amour, elle a voulu panser ses blessures, patiemment... Il s'est abandonné à cette douceur inconnue... Plus elle soignait ses blessures, plus elle en découvrait d'autres, plus profondes, plus douloureuses... Avec un amour et une tendresse qui l'ont souvent fait pleurer, elle a continué à restaurer son image, faisant apparaître des couleurs là où, depuis des années, tout n'était que grisaille et meurtrissures... Et puis, elle s'est aperçue que ses plaies ne cicatrisaient jamais... Elle avait devant elle un écorché vif, dont la sensibilité exacerbée l'étonnait... De cet amour à fleur de peau et pourtant si profond, sont nés des milliers de mots... Le bateau et le vent... Tu es belle mon cœur... Dentelles...

            Même dans les moments de noir chagrin, dans les soirs de doute et d'incompréhension, il ne cessait d'écrire pour elle, de lui dire combien ce qu'elle lui donnait d'elle était essentiel à sa vie... Sans le savoir, elle l'aidait à vivre... Elle lui permettait de partager, de donner... Il commençait à être heureux... Durant la longue absence de l'été il l'a pleurée chaque jour, chaque nuit... De cette douleur sont nés les textes de Nuits d'encre, un long cri d'amour pour elle... Elle l'a accueilli à son retour et ce jour restera pour lui le plus beau jour de sa vie... Il porte, à jamais gravé au fond de son cœur, l'empreinte de ses caresses, le parfum de sa peau, la douceur de ses regards... Il était heureux... Enfin...

            Parce que sa vie était engagée sur un autre chemin, sont venues ensuite les heures de douleur quand il a senti que, malgré tout son amour, malgré tous ses efforts, elle finirait tôt ou tard, par lui retirer ce qui l'avait tant ému, ce qui l'avait rendu vraiment heureux... Vraiment... Grâce à elle, il avait retrouvé l'envie de dire et d'écrire le mot : bonheur. Alors, il l'a aimée encore plus fort, essayant chaque jour d'être attentif à son cœur, à ses mots, à ses désirs... Il essayait de comprendre ce qu'il devait faire pour protéger cette île qu'ils avaient découverte et où, malgré tout, ils avaient du bonheur à se retrouver encore...

            Quand il sentit les froids de l'hiver gercer son cœur, parce qu'il savait qu'elle s'éloignait vraiment, il chercha encore à lui dire comment il l'aimait... Son amour se fit encore plus compréhensif, parce qu'en acceptant ce qu'elle allait devoir choisir, il pensait qu'elle comprendrait à quel point il l'aimait... Elle ne voulut pas le blesser mais il savait... Elle ne voulait pas dire mais il sentait... Il la ressentait au plus profond de lui-même parce que son amour pour elle faisait qu'il percevait ce qu'elle ne parvenait pas à lui dire...

            Puis, vint ce jour où elle voulut quand même le revoir, quand même qu'il vienne pour entendre ce que son cœur redoutait tant... Des larmes plein les yeux, il est venu recevoir de sa bouche les mots qui lui signifiaient la fin de son bonheur... Il est venu recevoir la sentence pour une faute qu'il n'avait pas commise... Il est venu accepter de ne plus être... Il est venu déposer à ses pieds ses ultimes mots d'amour... Il est venu lui remettre à jamais la clé de son cœur...

            Depuis ce jour, chaque jour venait s'ajouter une blessure nouvelle, chaque jour elle voyait doucement s'éteindre ses yeux tristes... Ils la regardaient incrédules, apeurés, ivres de souffrance... Ils lui demandaient pardon de tant l'aimer... Loin d'elle , avec une douceur infinie, sur les pages blanches de ses nuits de souffrance, il a continué à lui dire combien il l'aimait, combien elle était belle... Petit à petit il sentait que ses forces le quittaient et puis un soir, il lui a écrit Le Vol de l'ange... Puisant dans son amour infini pour elle, il a essayé chaque jour de faire, pour elle, de la beauté avec ses souffrances...

            Elle a compris qu'elle l'aimait à sa manière, et qu'elle ne voulait pas qu'il cesse de lui parler... Il ne voulait pas cesser puisqu'elle lui avait demandé « d'embellir sa vie »... Elle a compris que s'il cessait de lui parler, d'écrire pour elle, avec lui partiraient ses rêves, ses petites gouttes de différence soyeuse, ses moments privilégiés hors des soucis quotidiens où elle pourrait trouver la force de continuer son propre chemin... Leur chemin à eux était autre : loin des habitudes, des conventions, des schémas habituels, dans un temps et un lieu qui n'existent que lorsque deux cœurs se parlent et s'aiment très fort...

            Elle a compris qu'un jour, vaincu par l'immense chagrin qu'elle avait fait naître en lui, sa tête vacillerait une dernière fois avant de se pencher pour toujours... Elle a compris que ce jour-là, lorsque ses dernières forces l'auraient quitté, par respect pour elle, il partirait... Il retira une de ses plumes entachées du sang de ses larmes pour lui écrire ce dernier message : « Adieu, petit ange à qui j'ai tout donné... Je t'aime... » Alors, elle lui a écrit une de ses plus belles lettres pour lui dire qu'elle l'aimait, qu'elle ne voulait pas qu'il s'éloigne d'elle... Pour lui dire qu'elle voulait encore lire ses mots, qu'il était encore là dans le secret de son cœur, dans le secret de ses désirs... Elle lui a écrit pour lui dire qu'elle  voulait qu'il continue à faire vivre ses rêves les plus secrets : il était devenu son porteur de rêves...

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Publié dans Derrière le miroir

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M
Je voyage en ton Univers, je prend ce jour le temps de vagabonder et de me laisser transporter en tes mots...       Si seulement ce Porteur de Rêves pouvait exister, ma vie n'aurait plus de petits coins obscurs, elle serait embellie de la plus douce des caresses : celle d'un regard offrant de la tendresse pour panser mes maux qui ne sont que blessures....Tes mots sont magiques, ta plume est un bonheur, quand on arrive chez toi Antine@ une certaine Lumière vient nous offrir un instant de sérénité et plénitude....Merci à toi et de ce partage...J'espère que tu vas bien et que bientôt nous pourrons relire ta plume... Tu manques...Je t embrasse et bonne fin de jourAmicalementMaïlyse
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L
je reviens lire ce texte...merci de tes mots, merci de ce que tu m'apportes sans le savoir..<br /> Je t'embrasse<br /> Lara
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A
<br /> C'est profondément émouvant de savoir que l'on peut apporter quelque chose à quelqu'un que l'on ne connaît pas... Ce texte a été écrit dans une profonde douleur... Je l'aime énormément...<br /> Que tu l'aimes me bouleverse...<br /> Puisses-tu continuer longtemps à trouver dans mes mots quelque chose qui t'apporte du bonheur...<br /> Que les étoiles qui s'ouvrent veillent sur ta nuit et la rendent paisible...<br /> Je t'embrasse<br /> <br /> <br />
L
Quel texte magnifique, je le relirai encore et encore.. merci de ce partage et de m'avoir offert ces quelques mots ce matin<br /> Je t'embrasse<br /> Lara
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A
<br /> Merci à toi d'être revenue... Ce texte est un de ceux auxquels je tiens le plus... Tes visites sont toujours des rayons de lumière empreints de douceur...<br /> Que la nuit que vient te soit douce...<br /> Je t'embrasse...<br /> <br /> <br />
L
"Elle l'aimait à sa manière et elle ne voulait pas qu'il cesse de lui parler"<br /> Dans "cette île où malgré tout ils avaient du bonheur à se retrouver encore"... <br /> Aime moi comme je suis autant que je t'aimerai comme tu es...
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A
<br /> Il la savait en attente d'elle-même. Elle voulait quitter les rivages de ces anciennes douleurs qui, parce qu'elles lui étaient familières étaient presque devenues rassurantes... Depuis qu'il était<br /> à l'ancre dans ce bassin où nulle tempête ne venait le prendre par les voiles, le bateau avait perdu l'habitude du voyage... Ses voiles enroulées ne se gonflent plus... Il suffirait de les ouvrir<br /> pour revivre...<br /> <br /> <br />
O
Une belle histoire d´amour...<br /> Merci pour les emotions!<br /> salut Oliver
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A
<br /> Merci de ce commentaire... Ce blog n'est que le reflet des émotions qui me font vivre... Amitiés<br /> <br /> <br />