On a gagné !

Publié le par Antine@

        Tel est, au soir d'une rencontre sportive, le cri des meutes hurlantes et avinées lorsque leurs héros ont réussi à mettre plus souvent le ballon au fond des filets que ceux d'en face. Ce cri ne va pas sans rappeler les us et coutumes des hordes barbares dévastant nos campagnes et s'accompagne souvent de débordements divers, généralement bruyants, dont l'intensité est proportionnelle au nombre de buts marqués ou, plus exactement, au coefficient de remplissage en alcool des estomacs.

         Comme pour les cons, il n'y a pas d'âge pour être supporter. Cependant, il est intéressant de noter que le virus (vous voyez bien que c'est une maladie) se transmet souvent de père en fils. De l'adolescent boutonneux qui hurle pour faire comme papa et qui oublie dans les tribunes les scores de son bulletin trimestriel, en passant par le mari qui défoule au stade l'agressivité accumulée chez lui sous les sarcasmes de sa rombière, pour finir au pépé qui retrouve une jeunesse, toutes les tranches d'âge sont représentées. Tous les sexes aussi. Les hommes n'ont pas le privilège de la connerie! Des représentantes de la gent féminine viennent, elles aussi, brailler à tue-tête, agiter les drapeaux, insulter l'adversaire et, croyez-moi, côté vocabulaire, elles sont à jour.

         Ceci nous conduit tout naturellement à évoquer l'équipement du supporter moyen. Eh oui ! Je le signale aux béotiens que ces pratiques grégaires indiffèrent, il existe une panoplie de supporter, tout comme il en existe de Zorro, de Barbie et autres Tortues Ninja. Cette panoplie est généralement la même pour tous les clubs et ne diffère que par la couleur et les noms de boîtes de conserves, de marques de bagnoles, de station de radio, de lessives, de supermarchés, de matériel hi-fi, de fringues, de boissons, de transporteurs, de yaourts, de meubles et autres récurants à chiottes qui figurent sur les maillots des joueurs. Toutes ces marques se retrouvent sur les différents éléments de la panoplie et l'ensemble porte le nom de sponsoring, terme emprunt‚ à nos britanniques voisins, grands spécialistes devant l'Eternel de l'activité de supporter.

         Outre l'accoutrement aux couleurs du club, le supporter digne de ce nom possède un chapeau aux couleurs du club, une écharpe aux couleurs du club, un bonnet aux couleurs du club, un pare-soleil adhésif aux couleurs du club, un tee-shirt aux couleurs du club, un blouson ... on ne souffle pas, et, bien entendu, une carte tout ce qu'il y a de plus officiel, une sorte de laissez-passer qui fait de lui un membre à part entière du club. Cette panoplie serait incomplète si ne venaient s'y ajouter les différents instruments destinés à signaler son insignifiance : trompettes, klaxons, feux de Bengale, crécelles et autres ustensiles bruyants.

         D'autre part, l'activité de supporter exige de ceux qui la pratiquent une étonnante mémoire afin de retenir les chants et autres slogans par lesquels ils encouragent ceux qui tricotent des gambettes sur le gazon. Là encore, la diversité est étonnante. Alors qu'un supporter de Marseille crie : "Allez Marseille!" et que celui de Sochaux hurle : "Allez Sochaux!", ceux de Monaco vocifèrent : "Allez Monaco!" et ceux de Nantes s'égosillent dans un pathétique : "Allez Nantes!" qui résonne jusque dans les caves du parc de La Beaujoire. Mais, on ne se contente pas de vociférer. On boit, on mange aussi dans les tribunes. Panem et circenses... Ca me rappelle des choses... Parfois, la fatigue et le liquide aidant, le supporter oublie le nom de son équipe et le slogan devient : "Allez les Verts!" alors que dans la tribune d'en face les autres gueulent : "Allez les Rouges!". Pour ce qui est des slogans, il en est un qui réunit tous les supporters de tous les clubs, c'est celui qu'ils adressent à l'arbitre lorsqu'ils soupçonnent chez lui un besoin pressant de rejoindre les latrines afin de s'y soulager, ce qui, en idiome de tribune se traduit par : " Aux chiottes l'arbitre!". Cette invitation relativement courtoise peut devenir plus virulente si les erreurs de l'oiseau noir se répètent. Il peut alors être invité à se rendre en Grèce pour s'y livrer à des pratiques que le Vatican déconseille, à rejoindre sa mère pour des activités tout aussi inavouables, ou, enfin, à vérifier si sa licence d'arbitre n'est pas entachée de quelques grains de cette lessive qui offre des cadeaux en plastique aux petits enfants.

         Avec les mêmes accoutrements ridicules, les mêmes slogans et chansons grotesques, la même manie de former des troupeaux où l'individu s'anéantit, la même façon de hurler contre l'ennemi, les supporters me rappellent d'autres individus tout aussi insupportables. Ce serait sans importance si l'étroitesse d'esprit, l'appétit de revanche des seconds et leur fanatisme ne déteignaient dangereusement sur les premiers.

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A
Tu m'as bien fait rire, même si ce genre de phénomène est bien triste dans le fond : religion des stades, opium bon marché...<br /> <br /> Ouf! La nature est si belle et si variée. Je m'y éclipse...Bises
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A
<br /> Et oui, depuis les Romains c'est toujours la même histoire. Si on veut que le peuple se taise, évite de réfléchir et rote tranquille dans sa mangeoire, il faut lui donner "Panem et circenses"... Du<br /> pain et des jeux...<br /> Oui, les lobotomisés de la pastèque qui poussent une baballe en tricotant des gambettes sur le gazon, me font hurler... Hurlement inutile peut-être mais savoir que d'autres le partagent est un<br /> réconfort...<br /> Merci à toi de partager cette indignation ordinaire...<br /> Je t'embrasse<br /> <br /> <br />
S
Un seul mot : Identification. Quand son club gagne, le supporter croit gagner lui aussi, et s'octroyer ainsi le droit d'aller frapper sur celui d'en face, qui a perdu ses droits humains, dignité comprise, en subissant la défaite au jeu.<br /> L'intéressant, c'est quand on constate que le club supporté ne regroupe pas du tout des sportifs du coin (ils peuvent même être d'importation), et que même si lorsque le sportif gagne la partie, il se remplit les poches, le supporter, lui, n'est bon qu'à se les vider... pour aller remplir les premières.<br /> Pour le coup, le terme de troupeau n'est décidément pas usurpé !
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A
<br /> Oui les troupeaux me font peur. Brassens disait : "Dès qu'on est plus de quatre on est une bande de cons..." En lisant tes mots je me dis qu'on pourrait appliquer aux supporters ce qui s'applique<br /> aux joueurs de PMU ainsi qu'à ceux des Loto, Morpion, Astro, et autres baise-couillons de la Française des Boeufs à savoir qu'au moment des tirages c'est l'heure où les pauvres restent des pauvres<br /> moins le pognon qu'ils ont misé...<br /> <br /> <br />
L
Ces gens-là sont-ils vraiment humains après tout ?? Ils descendent parfois de leur planète avec leur langage à eux, vers ces stades d'adoration ou de crucifixion (pauvres arbitres !) puis remontent dans leurs chars extra-lunaires jusqu'à la prochaine transe mystique... L'univers est rempli de surprises !
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M
Oui être tout ca doit être encore plus du sport que le sport lui meme hihi<br /> Bisous x0x
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