L'errance

Comme une supplique éthérée au vent froid des gerçures
Quand le ciel d'hiver étalonnait au couteau mes chagrins,
Je lançais sur la ronde des heures l'écho de mes brûlures
En de vains mots avortés au seuil glauque des lendemains.
Je puisais dans les méandres sirupeux des années d'errance
Les longs sanglots mélancoliques d'une immobilité consentie,
Comme un junkie qui s'éloigne des rivages de la délivrance
En se vidant dans le bras ce qui lui ouvre les portes de la nuit.
Je me vidais de larmes amères, sillons de sang sur mes jours,
Qui inondaient les haillons diaphanes de ma pauvre raison,
Et je cherchais, à tâtons, sur la ronde infernale des saisons,
L'écho improbable, le reflet interdit de cet impossible amour.
J'archivais dans les corridors verticaux des nuits vagabondes
Les stigmates béants de mes cris d'agonie, en relisant encore
Ces mots que tu tissais, sans le savoir, à l'envers de mon décor
Et qui, ce soir, transfigurent mon ciel que ton sourire inonde.