Quand vient la nuit...

Je connais des regards en coin de rue qui font les solitudes et des âmes solitaires qui font le tapin rue des Etoiles pour se payer leur dose quotidienne d'illusion... Je sais des veines gonflées de chagrin qui crient famine et des yeux brûlants d'angoisse, des existences fracassées sur les murs gris de l'indécence...
J'ai peur des ombres
Qui glissent en silence sur mes yeux,
Qui se tapissent dans l'entre-deux
Où se glapissent de vrais faux aveux...
J'ai peur des ombres
Qu'elles soient anonymes uniformes,
Qu'elles se justifient dans les normes
Où végètent ceux qu'on désinforme...
Quand vient la nuit, les dieux mettent leurs lunettes noires pour traverser tranquilles les rues de ce paradis perdu où leurs admirateurs racolent les désespoirs vagabonds... Bons de sortie des bons à tout faire qui basculent dans la marge... En marge des indignations plasmatiques servies à heure fixe sous l'œil glauque et glacé d'un vieux miroir brisé...
Faillites mentales
A l'heure de l'hémoglobine quotidienne,
Quand, pour ne pas s'écarter du troupeau,
On se plaît à penser en rond...
Faillites mentales
Aux heures où, derrière leurs persiennes,
Les dieux se planquent sous leurs oripeaux,
Pour regarder les processions...
Devant ce spectacle, j'archive mes désespoirs au creux des lignes de ma main, sinuosités douloureuses d'où coule une encre noire... Les mots saignent mes alarmes vaines aux quatre veines et viennent se poser en tourbillonnant sous mes yeux meurtris... La lune m'observe du coin de l'œil, compagne fidèle de mes frissons d'écriture...