Contre jour

Tu n'es pas là, mais je t'invente, je t'imagine au-delà des réverbères qui font le pied de grue en veillant sur ma nuit. J'aime ces réverbères, posés là comme des ponctuations lumineuses dans les couloirs déserts des villes mais ils ne devraient pas exister. Ces réverbères rassurants sont des injures faites à la nuit et c'est pour ça que nous ne saurons jamais tout d'elle. Elle restera toujours un peu mystère... Et heureusement...
Tes yeux sont là
Posés dans ma nuit...
Je les devine
J'y plonge
J'y voyage... Longtemps...
J'écris dans tes yeux
Avec mes larmes
Des mots sans suite
Des mots pour demain
Des mots en robe du soir
Des mots miroirs
Miroirs des maux...
J'écris à l'envers de moi... A l'envers de toi... Envers et contre tout, à contre temps, sur les pavés de l'oubli, en attendant que la lune viennent tremper son croissant dans l'encre de ce café auquel je me soumets pour renier le temps... Je te cherche encore et toujours dans mes mondes inventés au-delà de l'indigne, dans ces mondes de soufre et de lumière... Dans mes nuits de rêve et d'agonie où ma plume déchire les brouillards de la haine pour passer derrière le miroir...
Quête incessante d'un reflet
Reflet de tes mots au petit matin
Matin matois... Mais toi ?
Quête des mots qui t'habilleront...
Me cherchant,
Je t'ai rencontrée...
Etrange altérité qui danse
Au bout de ma plume
Au bout de mes doigts...
J'ai terminé ma phrase comme on referme une porte... En silence, pour ne pas déranger les ombres qui dorment sous l'œil factice des réverbères qui attendent je jour comme une finalité programmée... J'ai posé sur ta peau fiévreuse une guirlande de mots mouillés de larmes comme une rosée insolite, insolente... Lentement, pour ne pas briser les rêves qui dansent sous tes paupières de satin noir...