Promenade nocturne

En long cortège silencieux d'ombres tentaculaires, les arbres déchirent de leurs branches le satin rougeoyant du ciel dont les lambeaux s'envolent au vent mauvais... Affolés, ils se plaquent aux murs, dérisoires affiches d'un spectacle permanent où les persiennes closes pleurent des larmes acides dans le labyrinthe des rues...
Il est déjà demain
Dans les sables mouvants
Du sablier du temps...
Aux aiguilles inquiétantes
Des horloges aveugles...
Il est déjà demain
Dans mes mains tendues
Sur le voile de la nuit...
Dans mon cœur perdu
Qui agonise sans un cri...
De métaphores mélancoliques en arabesques hypnotiques, les mots viennent et cherchent le delta satiné de la page comme un apaisement provisoire... Être enfin le non-dit, non-écrit que tu ressentiras si tu parviens à rejoindre les sinuosités fauves de ce bouillonnement qui fracasse mes sommeils sur le granit inaliénable de mes errances...
Il y aura
Il y a
Il y avait...
L'imparfait, cette conjugaison du désespoir
Balbutie ses terminaisons
En contre-jour...
Le présent se cherche un avenir moins noir
Dans les méandres bleus
Des magazines...
Aux devantures racoleuses des marchands re rêve sur papier glacé, un soleil factice a pris la pose et fait les trois huit avant de s'éteindre, à heures fixes, avec au cœur des remords d'infini... La nuit s'en amuse, elle qu'on ne parvient pas à soumettre et qui, sous les plis de son manteau de bure, garde des voyages fabuleux où la lune préside les épousailles inattendues de l'ombre et du mystère...