Merci Léo...

En commençant ce texte, j'ai en tête cette phrase magnifique de Léo Ferré : « Les poètes qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes ! » Merci Léo...
Je sais des chagrins archivés aux cadrans des horloges quand les doutes prennent le quart dans mon sillage et que la mélancolie, fait les cent pas dans la salle d'attente de la Nuit... Il y a foule ce soir dans les faubourgs du vocabulaire pour les funérailles d'un alexandrin désespéré de ne rimer à rien après avoir épousé un bouquet de voyelles...
Des mots
Comme un bagage de hasard
Pour un voyage en terre inconnue...
Comme un équinoxe bizarre
Pour masquer nos larmes retenues...
Comme un fascinant miroir
Pour nous révéler la vérité nue...
Entre les pages d'un vieux dictionnaire de rimes, les vers se tordent de douleur sous le mètre étalon qui les mutile d'exigences avant de les abandonner pieds et points liés... Combien de poèmes avortés sous la férule imbécile des ayatollahs de la rime ? Combien de métaphores somptueuses écartelées par l'obsession de la métrique ?
Des mots
Comme un sextant de fortune
Pour traverser l'océan des solitudes...
Des mots
Comme un cri édité à la une
Pour casser le carcan des habitudes...
Des mots
Comme une caresse à la lune
Pour qu'elle nous ouvre ses latitudes...
Entre les parallèles de l'ennui qui s'étiolent au firmament glacé des compromissions du style, j'ai vu mourir des labiales anémiées dans les chants du désespoir... A l'heure où les mots s'habillent de hasard pour épouser les sinuosités de l'errance, je laisse fleurir les rimes imprévisibles comme une antienne médiévale pour éclairer les voûtes de la nuit...