Quand tu écris...

Tu as de l'or dans les cheveux et du feu qui se balade quelque part dans les veines quand les crépuscules viennent s'asseoir à ton chevet... Ils t'attendent comme des messagers d'outre là-bas, dans ce no man's land où tu t'exiles lorsque tu captes le torrent des mots enfuis de leurs suaires complices.... Osmose... Marée fascinante qui coule de tes doigts fiévreux...
Tu écris comme tu pleures
De mots cimetières,
Des mots souffrance...
Des mots bruyères,
Des mots fulgurance...
Tu écris à l'ancre de ton cœur.
Tu écris comme tu vibres
Des mots désespoir,
Des mots renoncement...
Des mots exutoires,
Des mots déchirement...
Tu écris la volonté d'être libre...
Les corbeaux de la nuit se sont invités au bal des solitudes dans la clairière lumineuse de tes yeux en pluie. A leur demande tu as pris la plume qu'ils te tendaient comme une aliénation consentie, comme un passeport pour le royaume des métaphores où glisse, de voyelle en syllabe, le frêle esquif de ta main en transe...
Tu écris
En brodant des étoiles
Dans les plis des suaires,
Où le vent met les voiles
Et cingle vers Cythère...
Tu écris
En tutoyant les fantômes
Près des tombeaux ouverts,
Où en noirs hématomes
Cristallise l'encre de tes vers...
Le vent a posé sur tes épaules un châle de silence brodé de quelques perles de pluie et cette fragile parure t'ouvre les portes du royaume de la nuit... Les ombres viennent te prendre la main et tu pars au fil des mots vers les contrées fauves de tes intimes vibrations, laissant au petit matin, sous mes yeux étonnés les images envoûtantes de ton dernier poème...