Elle était là...

Sous un voile de soie noire perlé de mille étoiles, un châle de brume-rêve posé sur les épaules, avec au creux des mots des trésors frémissants, elle était là et pourtant invisible... Mystérieuse et secrète comme une porte entrouverte sur la nuit, découpant un reflet de lune pour en faire le suaire de ses chagrins silencieux, elle était là...
Apprivoisant les ombres
Pour y faire l'écrin de ses tourments,
Pour y sculpter l'écho de ses désirs,
Pour y apaiser la brûlure de ses élans,
Pour y caresser l'onde de son plaisir...
Convoquant les spectres
Pour leur confier ses profonds désespoirs,
Pour les abreuver de l'encre de ses veines,
Pour leur offrir les lambeaux de ses peines,
Pour les allonger dans un grand reposoir...
Dans les sinuosités soyeuses de son paysage intérieur, à l'heure où les yeux des loups se fanent de solitude, elle était là et pourtant invisible... Fascinante et inaccessible, s'emparant de ses peurs pour forger son sanctuaire et les offrant avec pudeur, encore brûlantes, aux passants égarés, elle était là...
Ciselant les granits
Pour y faire naître les éclats d'un diamant,
Pour y poser la lumière de ses espérances,
Pour y oublier les larmes de sa souffrance,
Pour y graver l'espoir d'un autre printemps...
Esquissant dans mes yeux
Les contours d'un paysage un peu sauvage,
Les couleurs d'une nuit maquillée de lune,
La course du soleil sur le sable des dunes,
La carte d'un impossible et fascinant voyage...
Un soir de larmes salées et d'errance, quand la marée noire des tristesses envahit mes paysages, à la frange de quelques voyelles posées au parvis de ses yeux d'océan, elle était là et pourtant invisible... Au petit matin, de ses mains fragiles sont tombés sur mon cœur les pétales soyeux des premiers mots de mon alter écho...