Crépuscules

La nuit et son cortège d'ombres mystérieuses posent sur ma page les entrelacs envoûtants d'un voyage inattendu, dessinent la carte imaginaire d'une pays barré aux importuns... Dans le refuge de ma profonde solitude, à l'heure où mes yeux s'éclairent de lune rousse, les mots me prennent la main sur ce chemin fragile où mes allégories intimes se dévoilent dans les sinuosités de l'encre...
Des mots crépuscules
Comme des portes entrouvertes
Sur cet invisible essentiel,
Comme une caresse enfin offerte
A l'insaisissable arc-en-ciel...
Des mots crépuscules
Pour retenir cette émotion rare
Qui envahit mes veines exsangues
Quand mes yeux dans le miroir
Ne sont que reflets où la lune tangue...
J'ai des crépuscules de fièvre et d'images folles au moment où les brouillards habillent de suaires évanescents les branches dénudées des arbres solitaires... J'ai des crépuscules de hasard et de sensations douloureuses quand les vents égarés m'envoient la mélodie déchirante des âmes oubliées sur les quais de l'indifférence...
Des crépuscules en satin noir
Pour déposer ces mots qui perlent
A mes doigts comme fleurs inédites,
Pour endiguer ce flot qui déferle
Sur les landes des amours proscrites...
Des crépuscules en robe du soir
Pour croire encore à un nouvel horizon
Quand la solitude repeint mes paysages,
Et qu'en moi l'empreinte des trahisons
Etouffe l'espoir sous de noirs présages...
Au petit matin, les yeux ourlés de nuit et d'embruns de larmes, je retrouve la mouvance bruyante des agitations factices où s'estompent les vérités, sous les oripeaux imposés des convenances et j'attends, fébrile, la prochaine nuit, le prochain voyage...