La nuit des mots

En long cortège silencieux d'ombres tentaculaires, les arbres déchirent de leurs branches le satin rougeoyant du ciel dont les lambeaux s'envolent au vent mauvais... Affolés, ils se plaquent aux murs, dérisoires affiches d'un spectacle permanent où les persiennes closes pleurent des larmes acides dans le labyrinthe des rues...
Il est déjà demain
Dans les sables mouvants
Du sablier du temps...
Aux aiguilles inquiétantes
Des horloges aveugles...
Il est déjà demain
Dans mes mains tendues
Sur le voile de la nuit...
Dans mon cœur perdu
Qui agonise sans un cri...
De métaphores mélancoliques en arabesques hypnotiques, les mots viennent et cherchent le delta satiné de la page comme un apaisement provisoire... Être enfin le non-dit, non-écrit que tu ressentiras si tu parviens à rejoindre les sinuosités fauves de ce bouillonnement qui fracasse mes sommeils sur le granit inaliénable de mes errances lexicales...
Il y aura
Il y a
Il y avait...
L'imparfait, cette conjugaison du désespoir
Balbutie ses terminaisons dans ma mémoire ;
Le présent éphémère épouse en contre-jour
La fuite du temps dans l'espoir d'être toujours ;
Le futur se remaquille au rayon des utopies
Et vient racoler en douce les promesses trahies...
Au loin sur la lande monte le cri d'agonie des temps oubliés, relégués au musée par un langage de plus en plus stéréotypé, minimaliste et désespérant de platitude... Dans mes nuits d'écriture, je rêve, je fouille les entrailles du vocabulaire et parcours les allées de la syntaxe pour faire se lever des mots fantômes et les réchauffer au soleil ardent d'une métaphore inattendue...