Quai de nuit

Petit matin blême dans les obscurs dédales oubliés
De nos mémoires hémiplégiques,
Quand vont se désincarner les firmaments bleutés
De nos désordres nostalgiques...
Place des Abbesses, les solitudes réinventent le tapin
Sur les pavés du désespoir,
Quand à la pointe d'un geste, dans les bras du matin
Rôde le silence en suaire noir...
Dans un fiacre de hasard, les ombres se remaquillent
Pour leur ultime rendez-vous,
A l'heure où, loin des indiscrets, la nuit se déshabille
En écoutant le chant des fous...
Sur les quais-sépulcres, déserts des histoires oubliées
Se lèvent la brume des chagrins
Qui enveloppe dans les plis vaporeux de son éternité
Les éclats qui perlent à nos mains...