Métamorphose

Les mots m'ont pris par la main, un soir
D'il y a déjà longtemps...
D'il y a déjà de longues nuits de froidure
Et de cris étouffés et de meurtrissures.
Je les ai tissés, caressés,
Cherchant dans l'arrondi d'une voyelle
Les échos silencieux d'un monde perdu...
Je les ai aimés, détestés
Fuyant les méandres de l'encre de fiel
Et ses fantômes glacés de la nuit venue...
Je les ai retrouvés, abandonnés
Pensant qu'ils n'étaient pas la vie réelle
Dans ce monde où déjà, je ne vivais plus...
Et puis toi, tu es venue me parler un soir
De grand vent à la pluie mêlé,
Des mots à fleur de peau, à fleur de regard
Dans nos yeux étonnés...
Les mots se sont à nouveau laissé apprivoiser
Pour dire cette étrange fulgurance,
Pour dire l'immense bonheur de ta main posée
Sur mon cœur meurtri d'indifférence...
Je t'ai regardée, aimée,
Voyant sur les rives de tes yeux étonnés
Se dessiner les rivages d'une terre inconnue...
Je t'ai regardée, aimée,
Sentant renaître en moi ce désir en allé
Cette envie d'écrire que je croyais perdue...
Je t'ai regardée, aimée,
Comprenant que tu étais ce cœur inespéré
S'ouvrant, troublé à cet amour inattendu...
Et puis nous nous sommes découverts
Etonnés de cette étrange osmose...
Alors nos yeux ont oublié le gris des hiers
Et disent ce que nos lèvres n'osent...