Ecrire

Tous les mots sont là, couchés dans l'écrin de silence où Larousse et Littré, un jour où ils n'avaient rien de mieux à faire, les ont rangés, par ordre alphabétique... Les dictionnaires sont des cimetières de mots... Debout les morts ! Réveillez-vous ! Ecrire... S'emparer des mots... Les caresser... Jouer avec eux... Mais s'agit-il bien d'un jeu ? Est-ce moi qui vais chercher les mots dans leur tombeau de silence ou bien est-ce les mots qui m'appellent du fond de leur nuit ?
Obéir aux mots...
Les attendre... Se faire surprendre...
Les prendre... Les entendre...
Je ne suis qu'un jouet et un dicté...
Je l'avais pressenti depuis un déjà
Que j'ai déjà oublié...
Un jour quand je serai...
Pourquoi toujours des futurs ?
Un jour, aujourd'hui, je suis,
J'écoute, je vis, j'attends, je pleure
De ces mots qui me prennent
De ces images brumeuses...
Ecrire c'est choisir... Il faut tailler dans le vif du sujet à grands coups de plume, acérée de préférence pour séparer le bon grain de l'ivraie livrée à elle-même... Devant la maison close de mon dictionnaire, certains soirs de solitude...
J'ai vu...
Des adjectifs qui racolaient sous les lampadaires blêmes,
Des phrases lascives qui rêvaient de coller à la syntaxe,
Des métaphores anémiées par une plume prise de flemme,
Des adverbes interdits de séjour sous peine de surtaxe...
J'ai vu...
Des noms qui n'avaient plus de propres que leurs noms,
Des figures de style défigurées par l'obscénité du mensonge,
Des pronoms en crise d'identité au caniveau de l'abandon,
Des passés décomposés dans les verres où ils se plongent...
Ecrire c'est libérer le trésor qui dormait depuis des lunes dans les allées silencieuses d'un vocabulaire soumis aux règles de la bienséance... Alors, aux heures fragiles de mes nuits, sur les rivages tourmentés de mes sommeils en berne, j'écoute cette musique envoûtante des mots qui me prennent par la plume pour naître sous vos yeux...