Les larmes de la Nuit

Je m'éveille tout embrumé des fantômes qui dansent encore dans les miroirs brisés de mes sommeils fracturés... Des aubes vertigineuses s'ouvrent à mes pieds quand sous les haillons du silence les désespoirs s'invitent à la une et que des yeux de la Nuit tombe des pétales de rose... La Nuit pleure... Le saviez-vous ?
Sur les yeux vides
Du junkie qui s'oxyde les veines de rêves,
Dans la voix écorchée
De l'enfant abruti par les coups de son père,
Près du mendiant oublié
Que la mort enveloppe des plis de son suaire,
Dans les sanglots noirs
Qui maquillent de solitude l'éclat de la lune...
La Nuit pleure des orchidées sur les tombeaux abandonnés par l'indifférence et laisse dans son sillage un parfum d'opium, une empreinte d'éternité... La Nuit a posé quelques larmes au creux de tes mains alors que tu paraphais tes maux sur la table du Café des damnés... La Nuit t'a donné l'encre de ses veines pour écrire ta symphonie intérieure sur la portée de nos regards croisés...
J'aime les larmes de la Nuit
Pour ce qu'elles m'apprennent de toi,
Pour ces mots qui viennent à tes doigts
Comme les fils fragiles de cette toile
Où l'araignée fait éclore des étoiles...
J'aime les larmes de la Nuit
Pour ce qu'elles m'apportent de toi,
Pour ces regards où coule la confiance
Quand sous l'émotion teinte ta voix
Et que ton cœur réapprend la patience...
La Nuit a laissé sur ma page blanche les empreintes irisées de ses larmes et j'y ai trempé ma plume pour ne pas l'oublier... La Nuit a fait naître sous mes doigts les échos malhabiles de tes regards inquiets quand, à l'orée des lendemains, les brisures du passé viennent ternir tes élans de partage... Mais ne crains rien... La Nuit veille ceux qui savent l'écouter...