Venise
Pourquoi ai-je cette nuit pensé à Venise en te rêvant ? Quelle correspondance ai-je pu établir entre cette cité lovée au cœur de sa lagune et toi, venue un soir poser le sourire de tes grands yeux à l'horizon de mon chemin ?
Souvent je t'ai dit que tu étais mystérieuse, secrète peut-être parfois... Comme cette ville qui ne découvre ses richesses qu'à celui qui sait dépasser les apparences et les impressions premières, tu m'as, au fils des jours, à l'image de la gondole glissant lentement sur les canaux, ouvert les portes du palais de ton cœur.
Découverte lente et patiente... J'ai d'abord été sensible au contraste d'ombre et de lumière... Tenture sombre et soyeuse de tes cheveux soulignant ton visage... Eclat de vitrail de tes yeux lorsqu'un mot dessinait sur tes lèvres l'arabesque évanescente d'un sourire. Tes premiers sourires, à peine dessinés, esquissés, sont à l'image de ses silhouettes mystérieuses qui, à la nuit tombée, s'échappent, richement parées, d'un palais endormi de secrets. Depuis, tes sourires me sont devenus plus familiers et ils ont l'éclat du cristal... A la fois fragiles et précieux, ils me comblent lorsqu'au creux de mes mains tendues vers toi, je les vois naître.
Venise est une beauté inattendue, née de l'eau et de la patience des hommes... Riche de sa longue histoire, elle est à la fois accueillante et secrète... C'est ainsi que je t'ai perçue... Viens, asseyons-nous un instant... Regarde... Que vois-tu ? Des gondoles dans la brume naissante d'un petit matin et, tout au fond de la lagune, une autre partie de Venise d'où s'élève un campanile. Cette photo me dit autre chose... Fragiles et gracieuses, les gondoles viennent caresser la ville en glissant lentement dans ses méandres les plus secrets... Ces frêles embarcations qui gagnent le cœur de la cité secrète, ce sont mes mains ondulant sur ton corps abandonné... Au détour d'un canal s'ouvre une façade somptueuse, ouvragée de dentelles de pierre ; au détour d'une caresse, s'ouvrent tes bras comme une invitation au voyage.
Les gondoles sont aussi l'image de la fragilité des hommes qui, conscients de leur petitesse face à la mer, ont élevé vers le ciel, pour en implorer la protection, le clocher du campanile. Ces impressions vénitiennes sont pour moi indissociables de mon chemin... J'ai senti très tôt que le palais de ton cœur n'ouvrirait ses portes qu'avec une clef d'amour ouvragée de douceur... J'ai écouté le murmure de tes marées intérieures, et je peux maintenant te dire que ce que tu es aujourd'hui pour moi est né, comme Venise, de l'eau et de la patience, des larmes d'émotion et du temps. Alors puissions-nous, à l'image de Venise, cité belle et fragile mais qui défie le temps depuis des siècles, apprendre jour après jour à accepter le temps.